LE PLASTIQUE, C’EST PAS FANTASTIQUE !

2 février 2013

 

Non, le plastique n’est pas une belle invention pour l’Afrique! Le moins  qu’on puisse dire, c’est qu’il envahit tout le paysage, au Bénin comme dans beaucoup de pays de la sous-région. Il pollue durablement les sols, et, en l’absence ou presque de systèmes de ramassage ou de collecte organisés et massifs, il se retrouve absolument partout. Sans parler de la pollution visuelle, ce qui est un autre chapitre…

 

Une décharge sauvage à Porto-Novo

Une décharge sauvage à Porto-Novo

Une image "ordinaire" dans la rue

Une image « ordinaire » dans la rue

Sur les marchés, le plastique emballe tout !

Sur les marchés, le plastique emballe tout !

 

Pas un marché, pas un produit qui ne soit désormais emballé dans un sac plastique, lequel  terminera sa course dans les rues et chemins, dans les champs, volant au gré du vent, ou au mieux, sur un tas d’ordures vaguement empilées en attendant mieux.  Car une fois utilisé, le plastique est en général jeté sur place, n’importe où. Le plastique, un fléau pour le Bénin, totalement envahi par cet invité indésirable des temps modernes. Ceux qui se soucient de la protection de l’environnement au Bénin devraient prendre en compte ce problème très important.

Des sacs plastiques incrustés dans les sols.

Des sacs plastiques incrustés dans les sols.

 

Quelques exemples :

-les sachets plastiques sont ingérés par les animaux qui divaguent, un nombre important de ces pauvres bêtes le paient de leur vie. Sans compter le fait que ces sachets, poussés par le vent ou jetés près des plages, se retrouvent aussi dans l’océan, occasionnant la mort de nombre de tortues de mer. Et les tortues, on connaît bien à Grand-Popo, le siège de notre partenaire ONG: il est situé au bord de la mer !

Une décharge sauvage à Ouidah où divaguent les animaux

Une décharge sauvage à Ouidah où divaguent les animaux

Mmmhhh !!! Le bon plastique qui va étouffer les animaux !

Mmmhhh !!! Le bon plastique qui va étouffer les animaux !

 

– entiers ou par morceaux, les sachets plastiques sont mélangés à la terre lors des labours et travaux agricoles. Depuis l’avènement du plastique, les rendements agricoles ont sensiblement diminué, car ils bloquent le système racinaire des plantes, les empêchant de puiser assez d’eau dans le sol.

Les plastiques polluent aussi les cultures !

Les plastiques polluent aussi les cultures !

 

-En ville, les déchets plastiques s’accumulent dans les canalisations, les bouchent. Ils empêchent l’eau de s’écouler, aggravant les inondations… dans un pays où, naturellement, les pluies sont déjà très abondantes en saison humide.

Une canalisation obstruée par les plastiques.

Une canalisation obstruée par les plastiques.

 

L’éducation des populations est donc urgente et absolument nécessaire sur ce sujet. La disparition des matières plastiques étant une utopie pour l’instant, il s’agit :

– de faire de la communication et de l’éducation populaire.

-de promouvoir et rechercher d’autres types d’emballages, non polluants.

– plus tard lorsque nous trouverons un système satisfaisant: de lancer des collectes, puis la transformation ou le réemploi/recyclage.

Ces objectifs pourraient à terme créer une activité pour plusieurs personnes. Mais il faudra encore du temps…

Malheureusement, peu de collectivités se sont encore attaquées à ce problème au Bénin. C’est pour cette raison, et aussi parce qu’individuellement, les fondateurs de notre association y sont sensibles depuis longtemps, que nous souhaitons rechercher à moyen terme des solutions dans ce domaine.

 

 

LE BROYEUR A PLASTIQUES :

Lors de la visite du Songhaï à Porto-Novo, en compagnie de son directeur et fondateur, nous avons pu voir un modèle de broyeur, pas encore commercialisé, mais que le Centre veut vendre à des groupements villageois, ONG ou autres collectivités. Il constitue une première étape dans le processus de recyclage : il permet de déchiqueter les plastiques, afin de les refondre et les recycler.  Dans sa nouvelle usine, Songhaï a installé une machine qui moule des modules en plastique recyclé: poubelles, seaux, pots de fleurs, etc. Ce n’est qu’un début, d’après son fondateur, le Centre a l’intention de travailler plus massivement sur ce sujet.

La machine permettant de mouler des contenants plastiques recyclés.

La machine permettant de mouler des contenants plastiques recyclés.

 

 

Un broyeur fabriqué par le Centre Songhaï.

Un broyeur fabriqué par le Centre Songhaï.

Différentes matières plastiques déchiquetées à Songhaï  pour recyclage.

Différentes matières plastiques déchiquetées à Songhaï pour recyclage.

Corbeille à déchets en plastique recyclé.

Corbeille à déchets en plastique recyclé.

 

Nous continuons nos prospections, afin de voir si d’autres machines  ou systèmes existent sur le marché, nous permettant de monter à terme un projet satisfaisant et à notre portée en termes de coût.

 

LES  SACS PLASTIQUES  SE TRICOTENT!

Une autre solution pour contenir l’envahissement des sacs plastiques : le réemploi. A Porto-Novo, nous avons rencontré Grâce Dotou Aboh, fondatrice de l’ONG « Qui dit mieux ? ». Parmi les activités de cette ONG depuis 1996, le tricotage d’objets utilitaires à base de sacs plastiques. Une trentaine de femmes ont pu trouver dans cette activité une source de revenus appréciable. « Qui dit Mieux ? » a reçu en 2002 le Prix des Nations Unies pour la Réduction de la Pauvreté et la Protection de l’Environnement. Depuis, cette ONG s’est fait remarquer dans plusieurs pays, exportant son savoir-faire (Guinée-Bissau, Cameroun, Burkina-Faso, Niger,…), où elle a formé des femmes à cette technique de réemploi des plastiques.

Grâce Dotou Aboh et ses sacs à mains en plastiques tricotés.

Grâce Dotou Aboh et ses sacs à mains en plastiques tricotés.

 

La technique :

Les sachets sont collectés, lavés, javellisés, séchés. Ensuite, les femmes les découpent en lanières, puis les tricotent au crochet. Résultat : des sacs à mains, des cabas à courses, des porte-monnaie, dessous de plats… Grâce nous a présenté une partie des objets réalisés par « Qui dit mieux ? ».

Le tricotage, c’est donc une deuxième piste. Mais c’est une activité qu’il nous faut lancer avec des formations préalables. Des techniques de récupération, préparation, transformation, jusqu’au produit fini, cette ONG peut venir former nos  groupes locaux. Elle propose des stages collectifs de 15 jours minimum. Mais le prix est pour l’instant trop élevé pour notre petit budget. Un projet que nous pourrons mettre en place si nous avons les subsides nécessaires.

 

ET A PROPOS DE PLASTIQUES…

…saluons aussi le travail réalisé depuis des années par l’association Echo-Mer à La Rochelle. Un grand merci à son permanent, qui nous a donné beaucoup de documents. Un fonds à réadapter à notre contexte béninois, mais qui à coup sûr, sera fort utile dans la constitution d’un matériel pédagogique destiné à sensibiliser la population locale à la question du plastique. Avec une idée directrice : le recyclage, le réemploi, sont des pis-aller. Le meilleur plastique est celui qu’on n’utilise pas !

 http://www.echo-mer.com/actualite/